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route un malheureux sans vêtements, et ordonna à son diacre de lui donner une cotte ou tunique quelconque.

Le diacre objectant qu’il n’avait sous la main aucun habillement profane, saint Martin, avec sa sérénité accoutumée, enlève son étole épiscopale ou telle autre majestueuse et flottante parure que cela pouvait être, la jette sur les épaules nues du mendiant, et, continuant son chemin, va accomplir le service divin, incorrect, en gilet ou tel vêtement de dessous du moyen âge qui lui restait.

Mais, comme il était debout devant l’autel, un globe de lumière parut au-dessus de sa tête, et quand il éleva ses bras nus avec l’Hostie on vit autour de lui les anges qui tenaient au-dessus de sa tête des chaînes d’or et des joyaux qui n’avaient rien de terrestre.

27. Ce n’est pas croyable pour vous, ni dans la nature des choses, sage lecteur, et trop évidemment ce n’est qu’une glose que l’extravagance monastique donne du récit primitif.

Soit. Toutefois cette création de l’extravagance monastique comprise par le cœur eût été le châtiment et le frein de toute forme de l’orgueil et de la sensualité de l’Église qui, de nos jours, a littéralement abaissé le service de Dieu et de ses pauvres au service du clergyman et de ses riches ; et fait de ce qu’était jadis pour l’esprit découragé la parure de la louange, les paillettes des paillasses dans une mascarade ecclésiastique.

28. Mais encore une légende, et nous en aurons assez pour voir les racines de l’influence étrange et universelle de ce saint sur la chrétienté.

« Ce qui distingue particulièrement saint Martin fut sa sérénité douce, sérieuse et inaltérable ; personne ne l’avait jamais vu ni en colère, ni triste, ni gai, il n’y