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n’a pas une très-bonne réputation. La décadence de l’exploitation de l’or, en rejetant une grande partie de la population vers l’agriculture et l’éducation du bétail, opérera un changement salutaire dans le caractère du bas peuple.

Dans toutes les parties du Brésil les costumes ont conservé quelque ressemblance avec ceux que porte le peuple dans la métropole et en Espagne. Néanmoins l’influence des modes de France et d’Angleterre se fait sentir dans les provinces maritimes et à Rio-Janeiro, car le Brésil n’a point encore de fabriques, et sous le gouvernement portugais il était défendu d’en établir.

À Rio-Janeiro les hommes portent des vestes courtes de toile ou de coton, de longs pantalons avec des ceintures de soie de diverses couleurs, puis le chapeau à larges bords et de forme conique, que l’on a emprunté au Chili, enfin la capa (le manteau) à la manière espagnole. Dans la capitale le vêtement des femmes est soumis à l’empire variable de la mode. Cependant elles ne changent volontiers ni l’étoffe ni la couleur de leur robe, qui le plus souvent est d’atlas noir. Le noir est aussi la couleur du voile, sans lequel ordinairement aucune femme ne sort : elles ont des fleurs très-fraîches dans les cheveux et à la ceinture, et portent une toile légère, appelée pannuelo, ou bien une guirlande dont les couleurs variées adoucissent ce que leur robe a de trop sombre.

Les duègnes âgées ont toujours la tête couverte d’un mouchoir, et sont revêtues d’une mantille, pour laquelle on prend le plus ordinairement des étoffes de couleur claire. Les costumes des provinces de la côte ne diffèrent que fort peu de ceux-ci. Plus on s’éloigne des ports de mer, plus il y a de simplicité. La mantilla devient d’un usage plus général : un chapeau de feutre rond et à plumes prend la place du voile tant à San Paulo qu’à Minas, et comme le climat plus tempéré nécessite des vêtemens plus chauds, on voit dans l’intérieur de leurs maisons les femmes revêtues d’un surtout de toile légère : souvent cette redingote est remplacée par la simple toile que portent les Négresses, et que l’on met en manière de schal.

Les costumes qui ont le plus d’originalité, sont ceux des hommes de Minas et de Goyas, et surtout ceux des tropeiros chargés de la conduite des mulets. Leur tête est couverte d’un grand chapeau de feutre gris, à retroussis ; leur camisole et leurs culottes sont brunes ; leurs bottes, d’un cuir flexible, viennent jusqu’à moitié de la cuisse, mais on peut les rabattre. Pour compléter cette mise, ajoutez-y un grand manteau, qu’on ne rejette pas par-dessus l’épaule, mais qui présente une ouverture pour y passer la tête. Ce qui relève encore le grotesque de cet acoutrement, c’est une manière bizarre de s’armer ; ce sont des cannes à épée, de longs fusils, et tout l’attirail