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de ravaler les tiges jusqu’à la hauteur de deux pieds environ, & de ne laisser aux branches inférieures que six pouces de diamètre de chaque côté du pied. Sans cette précaution, la sève s’emportera vers le sommet, & les branches inférieures se dessécheront peu à peu.

Tous les deux ans ensuite, on rabaissera les nouveaux jets, suivant leur force & leur hauteur, & on raccourcira, soit au ciseau, soit à la serpette, soit au croissant, les branches latérales. Plus on se pressera de jouir, je le répète, & moins on jouira longuement.

Le meilleur temps pour la plantation d’une haie est la fin de l’automne, dès que les feuilles sont naturellement tombées des arbres, surtout pour les pays méridionaux. Les pluies d’hiver assujettissent la terre contre les racines ; elle a le temps de se tasser, & si l’hiver n’est pas rigoureux, ces racines végéteront ou du moins se disposeront à végéter aux premières approches de la chaleur ; enfin, la plantation craindra moins les funestes effets de la sécheresse & de la chaleur de l’été.

Toute espèce de haie peut devenir un objet d’agrément & d’utilité, conduite par une main exercée. Par exemple, de telles clôtures autour d’un jardin potager, ou dans les parties rapprochées de l’habitation, demandent à être taillées comme des charmilles, & lorsqu’elles sont parvenues à la hauteur que l’on désire, on laisse, de distance en distance réglée, s’élever une tige, au sommet de laquelle on taille les branches en boule. Ces petits soins donnent un air d’arrangement & de propreté qui flatte la vue & rend l’habitation plus riante. Unir l’agréable & l’utile, doit être le but de tout propriétaire, & surtout de celui qui demeure dans sa métairie.


CHAPITRE III.

De la formation par approche, des Haies fruitières, forestières et épineuses.


J’avoue de bonne foi que je n’ai pas fait des expériences sur toutes les espèces d’arbres dont j’ai parlé plus haut, & dont je parlerai encore ; mais je puis répondre, d’après ma pratique, de la réussite des haies fruitières. C’est en voyageant que j’ai vu le parti qu’on peut tirer des arbres forestiers.

Section Première.

Des Haies fruitières.

Placez à cinq, six ou huit pieds l’un de l’autre, suivant la qualité du terrain, des pommiers, ou des poiriers, ou des pruniers (je n’ai point fait d’essais sur d’autres arbres fruitiers) ; mais ne mélangez pas les espèces de fruits ; par exemple, prunier avec poirier, ou poirier avec pommier, &c. ; & même, si vous vous déterminez au pommier, que tous les pieds soient de la même espèce, c’est-à dire, ou tous de pommes de reinette, ou tous d’api, ou pommier à cidre, &c., attendu l’inégalité de force dans la végétation des uns & des autres.

Il est clair que tout arbre rabougri dans la pépinière, foible, languissant ou endommagé, doit être rejeté. Il faut encore les choisir d’un pied égal de force, &, s’il se peut, également enracinés, & greffés dans le même temps ; en un mot, aussi égaux