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LE CENTURION

autres. C’est qu’il est sûr de l’amour des autres, et qu’il doute du mien. Et comment oserai-je répondre que je l’aime plus que les autres, qui sont restés fidèles, quand moi je l’ai renié ?

Et cependant, son cœur débordait d’amour, et il ne pouvait lui imposer silence. « Oui, Seigneur, répondit-il, vous savez que je vous aime ».

Et il regarda son Maître avec tendresse.

Jésus répéta sa question, comme s’il n’acceptait pas la réponse de son disciple.

— Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?

L’apôtre consterné baissa la tête. — Il ne m’appelle plus Pierre, pensa-t-il. Il me donne le nom que je portais autrefois, quand j’étais un étranger pour Lui.

Et pourtant, ma foi et mon amour sont plus grands aujourd’hui qu’au jour où il me donna le nom de Pierre. Et Lui-même, il sait bien mieux que moi combien je l’aime.

— Seigneur, répondit-il de nouveau en relevant la tête, et en fixant ses yeux éplorés dans ceux de son Maître, vous savez que je vous aime !

Et pour la troisième fois Jésus lui posa la même question. Pierre comprit qu’il fallait trois protestations d’amour, jaillies du fond de son cœur, pour effacer ses trois reniements déjà tant de fois lavés dans ses larmes ; et se prosternant, accablé de douleur, aux pieds de Jésus, il lui cria du fond