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LE CENTURION

leurs ennemis ; mais comme il s’annonçait tristement ! N’allait-il pas être l’antithèse des jours de Moïse ? Et n’allaient-ils pas être eux-mêmes engloutis dans une mer Rouge pendant que leurs ennemis triompheraient ? Hélas ! oui, c’était bien ainsi que les choses allaient se passer, pour tous ceux qui ne peuvent juger que des apparences, et qui ne voient pas l’avenir.

Mais Jésus voyait la réalité des choses futures. Il les voyait comme présentes, et il essayait de les faire comprendre à ses apôtres.

Oui, le lendemain, 15 Nisan, il allait être plongé dans une autre mer Rouge, une mer de sang. Mais il la traverserait néanmoins, et il en sortirait vivant.

Et, quelques années après, la mer Rouge s’ouvrirait de nouveau devant ses ennemis, et se refermerait sur eux les ensevelissant avec leur Temple et leur Cité dans une ruine définitive et sans renaissance ?

Tout en causant, Jésus regardait monter la lune, majestueuse comme une reine, et blanche comme une vierge. Elle dominait maintenant la crête du mont des Oliviers, et elle éclairait les tombeaux, qui bordaient le torrent du Cédron, et qui s’alignaient et s’étageaient au loin sur les deux versants de la vallée de Josaphat.

Là, sous des stèles de marbre, et dans des caveaux de pierre dormaient les pères d’Israël, des juges, des rois, des prophètes.