Page:Routhier - Le Centurion, roman des temps messianiques, 1909.djvu/325

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
323
LE CENTURION

Sans doute en ce moment la nature lui offrait l’hommage de tout ce qu’elle produit de beau comme forme, comme coloris, comme dessin, comme parfum, comme mouvement, comme vie ! Mais la terre ne se soulevait vers lui que pour l’attirer vers elle. C’est avant de l’ensevelir qu’elle lui faisait ce dernier triomphe.

Encore quelques heures, et nul ne le verrait plus. Comme le soleil qui est l’œuvre de ses mains, il allait disparaître à l’horizon terrestre.

Le lendemain, vers le milieu du jour, à l’heure où le ciel inonde ordinairement la terre de ses clartés, des ténèbres profondes envelopperaient Jérusalem ; et lui-même, cloué sur une croix au sommet de cette colline, qu’il apercevait au delà de la porte de Justice, il entrerait dans la nuit que les hommes appellent éternelle.

Mais pour lui, cette nuit ne serait qu’une éclipse, et bientôt, elle ferait place à la véritable aurore, à l’aurore qui n’aurait jamais de fin.

Dans leurs visions passagères, les prophètes l’avaient annoncée. David l’avait décrite comme un fleuve de lumière qui envahirait le monde, a solis ortu usque ad occasum.

Mais Jésus de Nazareth la voyait déjà poindre à travers la nuit profonde dans laquelle il allait entrer. Il la voyait grandir, et inonder de ses clartés non seulement le séjour des vivants, mais aussi celui des morts.