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LE CENTURION

« J’avais pensé d’abord que nous pourrions le traduire devant nous pour outrage à la religion, ou pour blasphème, et le faire flageller.

« Mais après la flagellation il recommencera à prêcher, et il posera devant le peuple comme un martyr. Son prestige grandira, et le nôtre sera diminué d’autant.

« Non, contre cet habile séducteur du peuple, qui est déjà reconnu par la foule comme un grand prophète, et même pour le Messie, et qui, soit par la magie, soit par le pouvoir du démon, fait des choses extraordinaires que les ignorants proclament des miracles, contre un tel ennemi, dis-je, la flagellation, et même la prison ne serviraient de rien…

« Il faut qu’il meure ! C’est le châtiment qu’il mérite, et c’est le seul qui puisse nous assurer la paix religieuse et la paix nationale.

« Je sais que nous ne pouvons pas arriver à ce résultat sans l’assentiment du procurator romain. Il ne suffira pas que nous le jugions digne de mort d’après nos lois. Pilatus seul a le droit de prononcer la sentence capitale, et de la faire exécuter.

Mais soyez sûrs qu’il n’osera pas nous résister si nous sommes unis, énergiques, tenaces, et si nous réussissons à créer le moindre mouvement populaire contre l’accusé.

« Pilatus sait bien que si nous le dénonçons à Rome pour mépris de notre religion, de nos lois, et des condamnations du Sanhédrin, il sera blâmé.