Page:Rousseau - La Monongahéla, 1890.djvu/192

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
194
La Monongahéla

parti illustre, au point de vue aristocratique, je tiens cependant au monde dans lequel vous vivez. Le temps viendra bientôt du reste où il n’y aura plus deux Frances, et où l’aristocratie du talent, de la vertu, du travail et de l’honnêteté épousera la noblesse de nom. Eh bien ! moi, j’appartiens par quelques côtés à la première ; j’ai un bel avenir dans la marine royale ; je jouis d’une fortune très-bornée, mais indépendante ; la mémoire de mon père enfin est vénérée dans le pays comme celle d’un honnête homme. N’est-ce pas quelques titres qui me donnent droit de prétendre à votre main ?

— Oui, mon ami, s’ils n’allaient pas à l’encontre des projets de mon oncle.

— Eh bien ! Irène, assez de ces incertitudes qui me brisent et m’ôtent mon courage. Je veux en finir et dès aujourd’hui, je demanderai votre main à M. de Vaudreuil.

— Chut, mon ami ! fit la jeune fille en saisissant le bras du jeune homme.

— Qu’y a-t-il ? demanda de Neuville.

Irène entr’ouvrit le feuillage et indiquant de la main :

— Regardez ! dit-elle.

Le jeune homme aperçut madame de Vaudreuil au bras du gouverneur, s’avançant dans leur direction.