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Page:Rousseau - Fragments inédits éd. Jansen 1882.djvu/64

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les montrer au public tels qu’ils étaient. Après avoir confessé ses propres erreurs dans l’histoire de sa jeunesse, il s’agissait aujourd’hui de parler de ses ennemis. »Je n’ai pas peur*, assure-t-il, sque le lecteur oublie jamais que je fais mes Confessions pour croire que je fais mon apologie : mais il ne doit pas s’attendre non plus que je taise la vérité lorsqu’elle parle en ma faveur.i Dès le début il réclame de ses lecteurs non seulement »le désir d’achever de connaître un hommes: mais ^l’amour sincire de la justice et de la vérité;^ (123) et l’auteur des Dialogues affirma plus tard qu’il ne voulait point des lecteurs ne cherchant «qu’une lecture agréable et rapide?, mais des lecteurs capables de îsouffrir un peu de fatigue et soutenir une attention suivie pour l’intérêt de la justice et de la vérité. 1 (124)

Cependant il est quelquefois très difficile et presque impossible de satisfaire l’auteur, de deviner ses intentions ou d’approuver ses combinaisons étranges. Nous lisons, par exemple, dans le livre IX des Confessions le passage suivant: sQuant j’appris (à l’Ermitage, au mois de janvier 1757) l’attentat d’un forcené (fait sur Louis XV), quand Deleyre et Mme d’Epinay me parlaient dans leurs lettres du trouble et de l’agitation qui régnaient dans Paris, combien je remerciai le ciel de m’avoir éloigné de ses spectacles d’horreur et de crimes." (125 a)

Probablement personne ne se doutera pourquoi l’auteur a écrit ce passage dans l’hiver de 1769 à 1770. En voici l’explication qui se trouve dans une lettre de Rousseau à M, L. D. M. du 23 novembre 1770. L’auteur des Confessions eut en 1768 des affaires et un procès avec un certain Therevin, et il se persuada que tout cela encore était une œuvre diabolique de ses ennemis. Ils voulaient, dit-il, constater «par l’expérience, qu’un imposteur adroit pourrait m’embrasser, et que je manquais souvent du sang-froid et de la présence d’esprit nécessaires pour me démêler de ses ruses.* (125 b) Peu de temps après l’aventure mentionnée son arrêta, continue Rousseau, sur la frontière du Dauphiné, un homme qu’on disait complice d’un attentat exécrable (de r757): on m’assura que cet homme passait par Pourgoln. La rumeur fut grande, les propos mystérieux allèrent leur train, avec l’affectation la plus marquée.* L’agitation de Jean-Jacques fut horrible. Dans ce moment il découvrit que les lettres qui lui étaient volées appartenaient à l’hiver de 1756 à 1757, c’est à dire précisément à l’époque dont le prisonnier qui venait de passer lui avait rappelé l’idée, et à laquelle, sans cet événement, il n’aurait pas plus songé qu’auparavant. »Cette découverte, déclare Rousseau, me bouleversa; j’y trouvai la clef de tous les mystères qui m’environnaient.

(123) Ibid. vm. 196. 197.

(124) Ibid. Rousseau juge de Jean-Jacques . Dialogues, IX. 105. 106.

(125 a) Ibid. Confessions VIII. p. 314.

(125 b) Ibid. Corresp, XII. p. 224.