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Page:Rousseau - Fragments inédits éd. Jansen 1882.djvu/47

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Rousseau modifie le plan et le titre primitifs 37

1765, qu’il entre en lui même, comme j’ai fait, et qu’au fond de sa conscience il se dise, s’il ose; Je suis meilleur que ne fut cet homme-là. < (67) Enfin au commencement des Confessions nous retrouvons ce sentiment dans les paroles suivantes: »... J’ai dévoilé mon intérieur tel que tu l’as vu toi-même, être étemel. Rassemble autour de moi l’innombrable foule de mes semblables, qu’ils écoutent mes confessions Que chacun d’eux dé- couvre à son tour son cœur au pied de ton trône avec la même sincérité; et puis qu’un seul te dise, s’il l’ose: Je fus meilleur que cet homme-là.f (68)

Précisément au moment, où Rousseau prenait la résolution de faire de l’histoire de sa vie l’expiation de cette même vie, il en rejetait le titre de Mon Portrait et lui subtituaît celui de Co^essions.

Assurément un biographe dont le but était de se faire con- naître intus et in cute, ne pouvait qu’entreprendre une espèce de confession. Et, en effet, ce mot même s’était présenté sous ta plume de l’auteur. «Quand je me chercherai un confesseur, écrivait-il à Moultou, le 29 janvier 1763, ce ne sera sûrement pas un homme d’église; car je ne regarde pas mon cher Moul- tou comme tel.- (69) «Confesser mes fautes, lisons-nous dans une lettre à l’abbé * * * en date du ir novembre 1764, est une chose utile pour m’en corriger, parceque me faisant une loi de dire vrai, je serais souvent retenu d’en commettre par la honte de les révéler.* {70) Enfin immédiatement après cette lettre Rousseau insérait dans le brouillon de Mon Portrait le passage suivant : >Je ferai, si l’on veut, comme les dévotes catho- liques, je me confesserai pour eux (pour les autres hommes) et pour moi.* (71) Cependant on ne tardera pas à reconnaître qu’en parlant de la sorte l’auteur était très loin encore de la sombre gravité, dont nous venons de voir l’origine et qui lui imposait ce devoir solennel de faire «ses confessions à toute rigueur.’ La première fois que, dans sa correspondance, il inti- tula sa vie Mes Confessions, ce fut dans une lettre du 4 juillet r765, adressée à Du Pevrou. (72) Mais, nous allons le voir, il y avait déjà nombre de mois qu’il avait rejeté, avec le titre de Mon Portrait, tout le canevas de sa vie qui portait ce titre, et qu’il en avait jeté sur le papier un autre intitulé: "Les Confessions de J. J. Rousseau. Contenant le détail des événemem de sa vie, et de ses sentimens secrets dans toutes les situations oit il s’est trouvl.t

(67) Félix Bovel. FragmMs ,tc. p. 13.

(68) Oeuvres tompl. Confinions VlII. I.

(69) Oeuvrer eompi. Correspond. Voyei, la note 20. (70I Ibid. IX. 172.

(71) Sireckeiaen-Moultou, Oeuvres et earr. inid. p, 285.

(72) Oeuvres eompl. Corresp. XI. 258.