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Page:Rousseau - Fragments inédits éd. Jansen 1882.djvu/44

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34 Histoire critique de la rédaction des confessions

ensemble, je ne songe qu’à dire ce que je sais et c’est de là que resuite l’ensemble et la ressemblance dte tout à son ori- ginal (*)

ROUSSEAU MODIFIE LE PLAN ET LE TITRE PRIMITIFS. IL REJETTE LES PREMIÈRES ÉBAUCHES

Tous les partisans de Rousseau à Genève s’attendaient à ce qu’il fermât la bouche aux ennemis qui l’accusaient des plus horribles crimes dans l’iinfânie brochure* intitulée Sentiment des Citoyens. (49)

Rousseau prit son parti le 6 janvier 1765; il fit lui-même réimprimer le libelle, chez Duchesne à Paris, mais non sans y ajouter une déclaration solennelle, oii il nie simplement toutes les fautes qu’on lui reproche. iCeux qui ne se payent pas de mots, écrivait Grimm dans sa Correspt/ndanee, le i février 1765, diront que nier n’est pas répondre, a (50) On sent dans ces pa- roles toute la bile d’un ami transformé en adversaire. Le mal- heureux Rousseau jugea indispensable ce démenti public au mo- ment oii son nom, devenu l’enseigne de l’opposition, à Genève, devait paraître sans tache et sans reproche. Pour lui-même il n’attendait que l’occasion de révéler toute la vérité.

L’auteur de la Nouvelle HUtnse et SEtnile avait exposé dans ces livres, avec la plus touchante éloquence, que nous n’expions nos fautes ni nos crimes que pas le remords et par la confession. ïLa honte, dit-il, corrompt plus de cœurs honnêtes que les mau- vaises inclinaisons*; elle nous ferme la bouche, elle nous fait même mentir. Julie exhorte son amant à préserver son cœur surtout de la mauvaise honte; (51) et dans le trait suivant de Saint - Preux nous reconnaissons encore Rousseau. >Je ne craignais que la honte , avoue-t-il lui-même , mais je la craignais plus que la mort, plus que le crime, plus que tout au

monde l’invincible honte seule fit mon impudence;

et plus je devenais criminel, plus l’effroi d’en convenir me rendit intrépide. t (52) Mais plus la honte est forte, plus est grand le mérite de la vaincre. Julie déclare à Saint -Preux, qui a eu le courage d’avouer une faute: îje vous connaissais trop pour

ignorer ce qu’un pareil aveu devait vous coûter je trouvai

moins de tort dans votre faute que de mérite à la confesser.* {53) Dans l’histoire de Sophie, épouse d’Emile, l’auteur nous donne

(*} Une très petite putie de ce troùiëme fragment se TcttoDve dans Streckeisen-Maultou p. 352.

(49) Lettre de M. d’Iveniois à M. J.-J. Rousseau, le i janvier 1765. Maonscr, de Neuchâtel.

(50) Correspondante elt. par Grimm ete. VI, 199,

(51) Oeuvres complètes. NouvilU Hiloise IV. 107. (SI) Ib. Confessiens VIU. 60.

(53) I1\ La Nouvelle Hiloise IV. 240.