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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/98

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comme on prétend que je m’efforce de le prouver, on me demande d’un ton assez pressant comment j’ose employer l’une en me déclarant pour l’autre.

Il y a beaucoup d’adresse à m’impliquer ainsi moi-même dans la question ; cette personnalité ne peut manquer de jetter de l’embarras dans ma Réponse, ou plutôt dans mes Réponses ; car malheureusement j’en ai plus d’une à faire. Tachons du moins que la justesse y supplée à l’agrément.

1. Que la culture des Sciences corrompe les.mœurs d’une nation, c’est ce que j’ai ose soutenir, c’est ce que j’ose croire avoir prouve. Mais comment aurois-je pu dire que dans chaque Homme en particulier la Science & la Vertu sont incompatibles, moi qui ai exhorte les Princes à appeller les vrais Savans à leur Cour, & à leur donner leur confiance, afin qu’on voye une fois ce que peuvent la Science & la Vertu réunies pour le bonheur du genre-humain ? Ces vrais Savans sont en péril nombre, je l’avoue ; car pour bien user de la Science, il faut réunir de grands talens & de grandes Vertus ; or c’est ce qu’on peut espérer de quelques ames privilégiées, mais qu’on ne doit point attendre de tout un peuple. On ne sauroit donc conclure de mes principes qu’un homme ne puisse être savant & vertueux tout à la fois.

2. On pourroit encore moins me presser personnellement par cette prétendue contradiction, quand même elle existeroit réellement. J’adore la Vertu, mon cœur me rend ce témoignage ; il me dit trop aussi, combien il y a loin de cet amour à la pratique qui fait l’homme vertueux ; d’ailleurs, je suis fort éloigner d’avoir de la Science, & plus encore d’en affecter. J’aurois