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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/604

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Je vous dois des remercîmens, Monſieur, pour l’emplacement que vous avez la bonté de m’offrir pour la deſſication des plantes : mais quoique ce ſoit un avantage dont je ſens bien la privation, la néceſſité de les viſiter ſouvent & l’éloignement des lieux qui me feroit conſumer beaucoup de tems en courſes, m’empêchent de me prévaloir de cette offre.

La fantaiſie m’a pris de faire une collection de fruits, & de graines de toute eſpece, qui devroient avec un Herbier faire la troiſieme partie d’un cabinet d’Hiſtoire naturelle. Quoique j’aye encore acquis très-peu de choſe, & que je ne puiſſe eſpérer de rien acquérir que très-lentement & par hazard, je ſens déjà pour cet objet le défaut de place, mais le plaiſir de parcourir & viſiter inceſſamment ma petite collection peut ſeul me payer la peine de la faire, & ſi je la tenois loin de mes yeux, je ceſſerois d’en jouir. Si par hazard vos gardes & jardiniers trouvoient quelquefois ſous leurs pas des Faînes de Hêtres, des fruits d’Aunes, d’Erables, de Bouleau, & généralement de tous les fruits ſecs des arbres des forêts ou d’autres, qu’ils en ramaſſaſſent en paſſant quelques-uns dans leurs poches, & que vous vouluſſiez bien m’en faire parvenir quelques échantillons par occaſion, j’aurois un double plaiſir d’en orner ma collection naiſſante

Excepté l’hiſtoire des Mouſſes par Dillenius, j’ai à moi les autres livres de Botanique dont vous m’envoyez la note. Mais quand je n’en aurois aucun, je me garderois aſſurément de conſentir à vous priver, pour mon agrément, du moindre des amuſemens qui ſont à votre portée. Je vous prie, Monſieur, d’agréer mon reſpect.