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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/578

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qu’à la rencontre d’une plante de cette famille on s’y trompera rarement au premier coup-d’œil. Voilà tout ce que j’ai prétendu juſqu’ici ; car il ne ſera pas queſtion ſi-tôt des genres & des eſpeces ; & encore une fois, ce n’eſt pas une nomenclature de perroquet qu’il s’agit d’acquérir, mais une ſcience réelle, & l’une des ſciences les plus aimables qu’il ſoit poſſible de cultiver. Je paſſe donc à notre ſixieme famille avant de prendre une route plus méthodique. Elle pourra vous embarraſſer d’abord autant & plus que les ombelliferes. Mais mon but n’eſt, quant-à-préſent, que de vous en donner une notion générale, d’autant plus que nous avons bien du tems encore avant celui de la pleine floraiſon, & que ce tems bien employé pourra vous applanir des difficultés contre leſquelles il ne faut pas lutter encore.

Prenez une de ces petites fleurs qui, dans cette ſaiſon, tapiſſent les pâturages & qu’on appelle ici paquerettes, petites Marguerites, ou Marguerites tout court. Regardez-la bien ; car à ſon aſpect, je ſuis ſûr de vous ſurprendre en vous diſant que cette fleur ſi petite & ſi mignone eſt réellement compoſée du deux ou trois cents autres fleurs toutes parfaites, c’eſt-à-dire, ayant chacune ſa corolle, ſon germe, ſon piſtil, ſes étamines, ſa graine, en un mot auſſi parfaite en ſon eſpece qu’une fleur de Jacinthe ou de Lis. Chacune de ces folioles blanches en-deſſus, roſe en-deſſous, qui forment comme une couronne autour de la Marguerite, & qui ne vous paroiſſent tout au plus qu’autant de petits pétales, ſont réellement autant de véritables fleurs ; & chacun de ces petits brins jaunes que vous voyez dans le centre & que d’abord vous n’avez