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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/467

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C’est donc à Mahomet que j’aime à rapporter le miracle, sans doute il l’a fait pour nous apprendre à ne pas souiller ses temples par d’autres cultes. Qu’Ismene fasse à son gré ses enchantemens, lui dont les exploits sont des maléfices. Pour nous guerriers, manions le glaive ; c’est-là notre défense & nous ne devons espérer qu’en lui.

Elle se tait ; &, quoique l’ame colere du Roi ne s’appaise pas sans peine, il voulut néanmoins lui complaire, plutôt fléchi par sa priere & par la raison d’Etat que par la pitié. Qu’ils aient, dit-il, la vie & la liberté : un tel intercesseur peut-il éprouver des refus ? Soit pardon, soit justice, innocens je les absous, coupables je leur fais grace.

Ils furent ainsi délivrés, & là fut couronné le sort vraiment aventureux de l’amant de Sophronie. Eh ! comment refuseroit-elle de vivre avec celui qui voulut mourir pour elle ? Du bûcher ils vont à la noce ; d’amant dédaigné, de patient même, il devient heureux époux, & montre ainsi dans un mémorable exemple, que les preuves d’un amour véritable ne laissent point insensible un cœur généreux.

FIN.