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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/459

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Dès l’âge le plus tendre, elle méprisa les mignardises de son sexe. Jamais ses courageuses mains ne daignerent toucher le fuseau, l’aiguille & les travaux d’Arachné. Elle ne voulut ni s’amollir par des vêtemens délicats, ni s’environner timidement de clôtures. Dans les camps même, la vraie honnêteté se fait respecter,, & par-tout sa force & sa vertu fut sa sauve-garde. Elle arma de fierté son visage & se plut à le rendre sévere ; mais il charme tout sévere qu’il est.

D’une main encore enfantine elle apprit à gouverner le mots d’un coursier, à manier la pique & l’épée ; elle endurcit son corps sur l’arêne, se rendit légere à la course, sur les rochers, à travers les bois, suivit à la piste les bêtes feroces, se fit guerriere enfin, & après avoir fait la guerre en homme aux lions dans les forêts, combattit en lion dans les camps parmi les hommes.

Elle venoit des contrées Persanes pour résister de toute sa force aux Chrétiens. Ce n’étoit pas la premiere fois qu’ils éprouvoient son courage. Souvent elle avoir dispersé leurs membres sur la poussiere & rougi les eaux de leur sang. L’appareil de mort qu’elle apperçoit en arrivant la frappe ; elle pousse son cheval & veut savoir quel crime attire un tel châtiment.