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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/455

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On arrange autour d’eux le bûcher, & déjà l’on excite la flamme, quand le jeune homme éclatant en gémissemens dit à celle avec laquelle il est attaché : C’est donc-là le lien duquel j’espérois munir à toi pour la vie ! C’est donc-là ce feu dont nos cœurs devoient brûler ensemble !

Ô flammes, ô nœuds qu’un sort cruel nous destine ! hélas, vous n’êtes pas ceux que l’amour m’avoit promis ! Sort cruel qui nous sépara durant la vie & nous joint plus durement encore à la mort ! ah ! puisque tu dois la subir aussi funeste, je me console en la partageant avec toi de t’être uni sur ce bûcher, n’ayant pu l’être à la couche nuptiale. Je pleure, mais sur ta triste destinée, & non sur la mienne, puisque je meurs à tes côtés.

Ô que la mort me sera douce, que les tourmens me seront délicieux, si j’obtiens qu’au dernier moment, tombant l’un sur l’autre, nos bouchés se joignent pour exhaler & recevoir au même instant nos derniers soupirs ! Il parle & ses pleurs étouffent ses paroles. Elle le tance avec douceur & le remontre en ces termes.