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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/447

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Soit surprise, attrait ou volupté plutôt qu’attendrissement, le barbare se sentit ému. Déclare-moi tout, lui dit-il ; voilà que j’ordonne qu’on épargne ton peuple. Le coupable, reprit-elle, est devant vos yeux ; voilà la main dont ce vol est l’œuvre. Ne cherchez personne autre ; c’est moi qui ai ravi l’image ; & je suis celle que vous devez punir.

C’est ainsi que se dévouant pour le salut de son peuple, elle détourne courageusement le malheur public sur elle seule. Le Tyran, quelque tems irrésolu, ne se livre pas si-tôt à sa furie accoutumée ; il l’interroge : il faut, dit-il, que tu me déclares qui t’a donné ce conseil & qui t’a aidé à l’exécuter.

Jalouse de ma gloire, je n’ai voulu, répond-elle, en faire part à personne. Le projet, l’exécution, tout vient de moi seule, & seule j’ai su mon secret. C’est donc sur toi seule, lui dit le Roi, que doit tomber ma vengeance. Cela’est juste reprend-elle ; je dois subir toute la peine, comme j’ai remporté tout l’honneur.