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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/419

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l’argent n’avoit pas été épargné, annonçoit bien l’enterrement d’un Dieu. Le bruit des trompettes, des cors, des instrumens de toute espece & sur-tout de la foule, étoit si grand, que Claude lui-même pouvoit l’entendre. Tout le monde étoit dans l’alégresse ; le Peuple Romain marchoit légerement comme ayant secoué ses fers. Agathon & quelques chicaneurs pleuroient tout bas dans le fond du cœur. Les Jurisconsultes maigres, exténués,*

[*Un Juge qui n’avoit d’autre loi que sa volonté donnoit peu d’ouvrage a ces Messieurs là.] commençoient à respirer, & sembloient sortir du tombeau. Un d’entr’eux voyant les avocats la tête basse déplorer leur perte, leur dit en s’approchant : ne vous le disois-je pas, que les Saturnales ne dureroient pas toujours ?

Claude en voyant ses funérailles comprit enfin qu’il étoit mort. On lui beugloit à pleine tête ce chant funebre en jolis vers heptasyllabes.


Ô cris, ô perte, ô douleurs !
De nos funebres clameurs
Faisons retentir la place :
Que chacun se contrefasse :
Crions d’un commun accord
Ciel ! ce grand homme est donc mort !
Il est donc mort ce grand homme !
Hélas ! vous savez tous comme,
Sous la force de son bras,
Il mit tout le monde à bas.