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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/315

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Le comble des maux dans un jour si rempli de crimes fut l’alégresse qui le termina. Le Préteur de Rome convoqua le Sénat, & tandis que les autres Magistrats outroient à l’envi l’adulation, les Sénateurs accourent, décernent à Othon la puissance Tribunicienne, le nom d’Auguste, & sous les honneurs des Empereurs précédens, tâchant d’effacer ainsi les injures dont ils venoient de le charger & auxquelles il ne parut point, sensible. Que ce fût clémence ou délai de sa part, c’est ce que le peu de tems qu’il a régné n’a pas permis de savoir.

S’étant fait conduire au Capitole, puis au Palais, il trouva la place ensanglantée des morts qui y étoient encore étendus, & permit qu’ils fussent brûlés & enterrés. Verania femme de Pison, Scribonianus son frere, & Crispine fille de Vinius, recueillirent leurs corps, & ayant cherché les têtes, les racheterent des meurtriers qui les avoient gardées pour les vendre.

Pison finit ainsi la trente-unieme année d’une vie passée avec moins de bonheur que d’honneur. Deux de ses freres avoient été mis à mort, Magnus par Claude & Crassus par Néron. Lui-même après un long exil fut six jours César, & par une adoption précipitée sembla n’avoir été préféré à son aîné que pour être mis à mort avant lui. Vinius vécut quarante-sept ans avec des mœurs inconstantes, Son Pere étoit de famille Prétorienne ; son aïeul maternel fut au nombre des proscrits. Il fit avec infamie ses premieres armes sous Calvisius Sabinus Lieutenant-général, dont la femme indécemment curieuse de voir l’ordre du Camp, y entra de nuit en habit d’homme, &