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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/30

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mais il est toujours prêt à en faire au besoin, & se montre grand dans toutes les circonstances de sa vie ; voir ce qui le distingue de l’homme vulgaire. Un infirme peut prendre, la bêche & labourer quelques momens la terre : mais il s’épuise & se lasse bientôt. Un robuste laboureur ne supporte pas de grands travaux sans cesse ; mais il le pourroit sans s’incommoder, & c’est à sa force corporelle qu’il doit ce pouvoir : La force de l’ame est la même chose ; elle consiste à pouvoir toujours agir fortement.

Les hommes, sont plus aveugles que méchans ; & il y a plus de foiblesse que de malignité dans leurs vices. Nous nous trompons nous-mêmes avant que de tromper les autres, & nos fautes ne viennent que de nos erreurs ; nous n’en commettons gueres que parce que nous nous laissons gagner à de petits intérêts présens qui nous font oublier les choses, plus importantes & plus éloignées. De-là toutes les petitesses qui caractérisent le vulgaire, inconstance, légéreté, caprice, fourberie, fanatisme, cruauté : vices qui tous ont leur source dans la foiblesse de l’ame. Au contraire, tout est grand & généreux dans une ame forte, parce qu’elle fait discerner le beau., du spécieux, la réalité de l’apparence, & se fixer à son objet avec cette fermeté qui écarte les illusions & surmonte les plus grands obstacles.

C’est ainsi qu’un jugement incertain & un cœur facile à séduire rendent les hommes foibles & petits. Pour être grand il ne faut que se rendre maître de foi. C’est au-dedans de nous-mêmes que sont nos plus redoutables ennemis ; & quiconque aura su les combattre. & les : vaincre, aura. plus fait pour la