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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/236

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besoin, est tirée de mon objet même. Le but que je propose dans le travail médité, est de faire l’analyse des ouvrages nouveaux qui paroîtront, d’y joindre mon sentiment & de communiquer l’un & l’autre au public ; or dans tout cela je ne vois pas la moindre nécessité d’être savant ; juger sainement & impartialement, bien écrire, savoir sa langue ; ce sont-là, ce me semble, toutes les connoissances nécessaires en pareil cas : mais ces connoissances, qui. est-ce qui se vante de les posséder mieux que moi & à un plus haut degré ; à la vérité, je ne saurois pas bien démontrer que cela soit réellement tout-à-fait comme je le dis, mais c’est justement à cause de cela que je le crois encore plus fort : on ne peut trop sentir soi-même ce qu’on veut persuader aux autres : serois-je donc le premier qui à force de se croire un sort habile homme l’auroit aussi fait croire au public, & si je parviens à lui donner de moi une semblable opinion, qu’elle soit bien ou mal fondée n’est-ce pas pour ce qui me regarde à-peu-près même chose dans le cas dont il s’agit ?

On ne peut donc nier que je ne fois très-fondé à m’eriger en Aristarque, en juge souverain des ouvrages nouveaux, louant blâmant, critiquant à ma fantaisie sans que personne soit en droit de me taxer de témérité, sauf à tous & un chacun de se prévaloir contre moi du droit de représailles que je leur accorde de très-grand cœur, desirant, seulement qu’il leur prenne en gré de dire du mal de moi de la même maniere & dans le même sens que je m’avise d’en dire du bien.

C’est par une suite de ce principe d’équité que, n’etant point connu de ceux qui pourroient devenir mes adversaires, je