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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/22

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bravoure. En effet, rien peut-être n’est si journalier que sa valeur, & il y a bien peu de guerriers sinceres qui osassent répondre d’eux seulement pour vingt-quatre heures. Ajax épouvante Hector ; Hector épouvante Ajax & suit devant Achille. Antiochus le Grand fut brave la moitié de sa vie, & lâche l’autre moitié. Le triomphateur des trois parties du Monde perdit le cœur & la tête à Pharsale. César lui-même fut ému à Dyrrachium, & eut peur à Munda ; & le vainqueur de Brutus s’ensuit lâchement devant Octave & abandonna la victoire & l’empire du Monde à celui qui tenon de lui l’un & l’autre. Croira-t-on que ce soit faute d’exemples modernes que je n’en cite ici que d’anciens ?

Qu’on ne nous dise donc plus que la palme Héroique n’appartient qu’à la valeur & aux talens militaires. Ce n’est point sur les exploits des grands hommes que leur réputation est mesurée. Cent fois les vaincus ont remporté le prix de là gloire sur les vainqueurs. Qu’on recueille les suffrages & qu’on me dite, lequel est le plus grand d’Alexandre ou de Porus, de Pyrrhus ou de Fabrice, d’Antoine ou de Brutus ; de François I dans les fers ou de Charles-Quint triomphant, de Valois vainqueur ou de Coligny vaincu ?

Que dirons-nous de ces grands hommes qui, pour n’avoir point souillé leurs mains dans le sang, n’en sont que plus surement immortels ? Que dirons-nous du Législateur de Sparte, qui, après avoir, goûté le plaisir de régner, eut les courage de rendre la couronne au légitime possesseur qui ne la lui demandoit pas ; de ce doux & pacifique Citoyen qui savoit venger ses injures non par la mort de l’offenseur, mais