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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/192

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en commit de plus grands ; semblable en sa furie à ces globes de fer lances par nos machines embrasées, lesquels, tombes à terre après leur premier effet, se relèvent avec une impétuosité nouvelle, & dans leurs bonds inattendus, renversent & détruisent des rangs entiers.

Pendant cette exécution funeste, Israel envoya des paroles de paix aux six cents de Benjamin réfugies au rocher de Rhimmon ; & ils revinrent parmi leurs freres. Leur retour ne fut point un retour de joie : ils avoient la contenance abattue & les yeux baisses ; la honte & le remords couvroient leurs visages & tout Israel consterne, pouffa des lamentations en voyant ces tristes restes d’une de ses Tribus bénites, de laquelle Jacob avoit dit : "Benjamin est un loup dévorant ; au matin il déchirera sa proie, & le soir il partagera le butin."

Après que les dix mille hommes envoyés à Jabès furent de retour, & qu’on eut dénombre les filles qu’ils amenoient, il ne s’en trouva que quatre cents, & on les donna à autant de Benjamites, comme une proie qu’on venoit de ravir pour eux. Quelles noces pour de jeunes vierges timides, dont on vient d’égorger les freres, les peres, les meres devant leurs yeux, & qui reçoivent des liens d’attachement & d’amour par des mains dégoûtantes du sang de leurs proches ! Sexe toujours esclave ou tyran, que l’homme opprime ou qu’il adore, & qu’il ne peut pourtant rendre heureux ni l’être, qu’en le laissant égal à lui.

Malgré ce terrible expédient, il restoit deux cents hommes à pourvoir, & ce peuple, cruel dans sa pitié même & à qui le sang de ses freres coûtoit si peu, songeoit peut-être à