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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/190

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mille dans la déroute vers le désert, deux mille qu’on atteignit pris de Guidhon, & le reste dans les places qui furent brûlées, & dont tous les habitans hommes & femmes, jeunes & vieux, grands & petits, jusqu’aux bêtes, furent mis à mort, sans qu’on fit grace à aucun : en sorte que ce beau pays, auparavant si vivant, si peuple, si fertile, & maintenant moissonne par la flamme & par le fer, n’offroit plus qu’une affreuse solitude couverte de cendres & d’ossemens.

Six cents hommes seulement, dernier reste de cette malheureuse Tribu échapperent au glaive d’Israel, &. se réfugierent au rocher de Rhimmon, ou ils resterent caches quatre mois, pleurant trop tard le forfait de leurs freres, & la misère ou il les avoit réduits.

Mais les Tribus victorieuses voyant le sang qu’elles avoient verse, sentirent la plaie qu’elles s’etoient faite. Le peuple vint & se rassemblant devant la maison du ’Dieu fort, éleva autel sur lequel il lui rendit ses hommages, lui offrant des holocaustes & des actions de grâces ; puis élevant sa voix, il pleura ; il pleura sa victoire après avoir pleure sa défaite, Dieu d’Abraham,s’écrioient-ils dans leur affliction, ah ! ou sont tes promesses, & comment ce mal est-il arrive à ton peuple qu’une Tribu soit éteinte en Israel ? Malheureux humains qui ne savez ce qui vous est bon, vous avez beau vouloir sanctifier vos passions ; elles vous punissent toujours des excès qu’elles vous sont commettre, & c’est en exauçant vos vœux injustes que le Ciel vous les fait expier.