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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/183

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plus de force repousser vos outrages : Hélas ! elle est déjà morte ! Barbares, indignes du nom d’hommes ; vos hurlemens ressemblent aux cris de l’horrible Hyène, & comme ellez, vous dévorez les cadavres.

Les approches du jour qui rechasse les bêtes farouches dans leurs tanières avant disperse ces brigands, l’infortunée use le reste de sa force à se traîner jusqu’au logis du vieillard ; elle tombe à la porte la face contre terre & les bras étendus sur le seuil. Cependant, après avoir passe la nuit à remplir la maison de son hôte d’imprécations & de pleurs, le Lévite prêt à sortir ouvre la porte & trouve dans cet etat celle qu’il a tant aimée. Quel spectacle pour son cœur déchire ! Il éleve un cri plaintif vers le ciel vengeur du crime : puis, adressant la parole à la jeune fille ; lève-toi, lui dit-il, fuyons la malédiction qui couvre cette terre : viens, ô ma compagne ! je suis cause de ta perte, je serai ta consolation : périsse l’homme injuste & vil qui jamais te reprochera ta misère ; tu m’es plus respectable qu’avant nos malheurs. La jeune fille ne répond point : il se trouble, son cœur saisi d’effroi commence la craindre de plus grands maux : il l’appelle dere-chef, il regarde, il la touche ; elle n’etoit plus. Ô fille trop aimable, & trop aimée ! c’est donc pour cela que je t’ai tire de la maison de ton pere ? Voilà donc le fort que te préparoit mon amour ? Il acheva ces mots prêt à la suivre, & ne lui survéquit que pour la venger.

Des cet instant, occupe du seul projet dont son ame etoit remplie il fut sourd à tout autre sentiment ; l’amour, les regrets, la pitié, tout en lui se change en fureur. L’aspect même de ce