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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/181

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Tandis qu’ils etoient à table avec leur cote & sa fille,*

[*Dans l’usage antique les femmes de la maison ne se mettoient pas à table avec leurs hôtes, quand c’etoient des hommes ; mais lorsqu’il y avoit des femmes, elles s’y mettoient avec elles.] promise à un jeune homme du pays, & que dans la gaîté d’un repas offert avec joie, ils se delaissoient agréablement, les hommes de cette ville, enfans de Bélial, sans joug, sans frein, sans retenue, & bravant le Ciel comme les Cyclopes du Mont Etna, vinrent environner la maison, frappant rudement à la porte, & criant au vieillard d’un ton menaçant :Livre-nous ce jeune etranger que sans conge tu reçois dans nos murs, que sa beauté nous paye le prix de cet asyle, & qu’il expie ta témérité. Car ils avoient va le Lévite sur la place, &, par un reste de respect pour le plus sacre de tous les droits, n’avoient pas voulu le loger dans leurs maisons pour lui faire violence ; mais ils avoient complote de revenir le surprendre au milieu de la nuit, & ayant sa que le vieillard lui avoit donne retraite, ils accouroient sans justice & sans honte pour l’arracher de sa maison.

Le vieillard entendant ces forcenés, se trouble, s’effraye, & dit au Lévite : nous sommes perdus. Ces mechans ne sont pas des gens que la raison ramene, & qui reviennent jamais de ce qu’ils ont résolu. Toutefois il sort au-devant d’eux pour tacher de les fléchir. Il se prosterne, & levant au Ciel ses mains pures de toute rapine, il leur dit : Oh mes freres ! quels discours avez-vous prononces ? Ah ! ne faites pas ce mal devant le Seigneur ; n’outragez-pas ainsi la nature, ne violez pas la sainte hospitalité. Mais voyant qu’ils ne l’écoutoient point, &