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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/179

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CHANT SECOND.

Le jeune Lévite suivoit sa route avec sa femme, son serviteur & son bagage, transporte de joie de ramener l’amie de son cœur, & inquiet du soleil & de la poussiere, comme une mere qui ramene son enfant chez la nourrice, & craint pour lui les injures de l’air. Déjà l’on découvroit la ville de Jebus à main droite, & ses murs aussi vieux que les siecles, leur offroient un asyle aux approches de la nuit. Le serviteur dit donc à son maître ; vous voyez le jour prêt à finir : avant que les ténèbres nous surprennent, entrons dans la ville des Jébuséens, nous y chercherons un asyle, & demain, poursuivant notre voyage, nous pourrons arriver à Geba.

À Dieu ne plaise, dit le Lévite, que je loge chez un peuple infidèle, & qu’un Cananéen donne le couvert au ministre du Seigneur. Non, mais allons jusques à Gabaa chercher l’hospitalité chez nos freres. Ils laissèrent donc Jérusalem derrière eux ; ils arrivèrent après le coucher du soleil à la hauteur de Gabaa, qui est de la Tribu de Benjamin. Ils se détournerent pour y passer la nuit, & y étant entres, ils allèrent s’asseoir dans la place publique ; mais nul ne leur offrit un asyle, & ils demeuroient à découvert.

Hommes de nos jours,. ne calomniez pas les mœurs de vos peres. Ces premiers tems, il est vrai, n’abondoient pas comme les vôtres en commodités de la vie ; de vils métaux n’y suffisoient pas à tout : mais l’homme avoit des entrailles qui faisoient