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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/177

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du retour de son mari. Le pere dit donc à son gendre : mon fils, donnez-moi trois jours ; passons ces trois jours dans la joie, & le quatrieme jour vous & ma fille partirez en paix. Le Lévite resta donc trois jours avec son beau-pere & toute sa famille, mangeant & buvant familièrement avec eux : & la nuit du quatrieme jour, se levant avant le soleil, il voulut partir. Mais son beau-pere l’arrêtant par la main lui dit : Quoi ! voulez-vous partir à jeun ? Venez fortifier votre estomac, & puis vous partirez. Ils se mirent donc à table, & après avoir mange & bu, le pere lui dit : mon fils, je vous supplie de vous réjouir avec nous encore aujourd’hui. Toutefois le Lévite se levant vouloir partir ; il croyoit ravir à l’amour le tems qu’il passoit loin de sa retraite, livre à d’autres qu’a sa bien-aimée. Mais le pere ne pouvant se résoudre à s’en séparer engagea sa fille d’obtenir encore cette journée ; & la fille, caressant son mari, le fit rester jusqu’au lendemain.

Des le matin, comme il etoit prêt à partir, il fut encore arrête par son beau-pere, qui le força de se mettre à table en attendant le grand jour ; & le tems s’ecouloit sans qu’ils s’en apperçussent. Alors le jeune homme s’étant lève pour partir avec sa femme & son serviteur, & ayant prépare toute chose ; ô, mon fils ! lui dit le pere ; vous voyez que le jour s’avance & que le soleil est sur son déclin. Ne vous mettez pas si tard en route ; de grace, réjouissez mon cœur encore le reste de cette journée ; demain des le point du jour vous partirez sans retard : & en disant ainsi, le bon vieillard etoit tout saisi ; ses yeux paternels se remplissoient de larmes. Mais le Lévite ne se rendit point, & voulut partir à l’instant.