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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/176

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querelles, & leurs tendres raccommodemens. Soit que le soleil levant dorât la cime des montagnes de Gelboe, soit qu’au soir un vent de mer vint rafraîchir leurs roches brûlantes, il erroit en soupirant dans les lieux qu’avoir aimes l’infidèle, & la nuit, seul dans sa couche nuptiale, il abreuvoit son chevet de ses pleurs.

Après avoir flatte quatre mois entre le regret & le dépit ; comme un enfant chasse du jeu par les autres feint n’en vouloir plus en brûlant de s’y remettre, puis enfin des pleurant d’y rentrer, le Lévite, entraîne par son amour, prend sa monture, & suivi de son serviteur avec deux ânes d’Epha charges de ses provisions & de dons pour les parens de la jeune fille, il retourne à Bethléem, pour se réconcilier avec elle & tacher de la ramener.

La jeune femme l’appercevant de loin tressaillit, court au-devant de lui, & l’accueillant avec caresses l’introduit dans la maison de son pere ; lequel apprenant son arrivée accourt aussi plein de joie, l’embrasse, le reçoit, lui, son serviteur, son équipage, & s’empresse à le bien traiter. Mais le Lévite ayant le cœur serre ne pouvoir parler ; néanmoins ému par le bon accueil de la famille, il leva les yeux sur sa jeune épouse, & lui dit : Fille d’Israel, pourquoi me fuis-tu ? Quel mal t’ai-je fait ? La jeune fille se mit à pleurer en se couvrant le visage. Puis il dit au pere : rendez-moi ma compagne ; rendez-la moi pour l’amour d’elle ; pourquoi vivroit-elle seule & délaissée ? Quel autre que moi peut honorer comme sa femme celle que j’ai reçu vierge ?

Le pere regarda sa fille, & la fille avoit le cœur attendri