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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/174

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Osons entrer dans ces détails, & remontons à la source des guerres civiles qui firent périr une des Tribus, & côuterent tant de sang aux autres. Benjamin, triste enfant de douleur, qui donnas la mort à ta mere, c’est de ton sein qu’est sorti le crime qui t’a perdu, c’est ta race impie qui put le commettre, & qui devoit trop l’expier.

Dans les jours de liberté ou nul ne régnoit sur le peuple du Seigneur, il fut un tems de licence ou chacun, sans reconnoître ni magistrat ni juge, etoit seul son propre maître & faisoit tout ce qui lui sembloit bon. Israel, alors épars dans les champs, avoit peu de grandes villes, & la simplicité de ses mœurs rendoit superflu l’empire des loix. Mais tous les cœurs n’etoient pas également purs, & les mechans trouvoient l’impunité du vice dans la sécurité de la vertu.

Durant un de ces courts intervalles de calme & d’égalité qui restent dans l’oubli parce que nul n’y commande aux autres & qu’on n’y fait point de mal, un Lévite des monts d’éphraim vit dans Bethléem une jeune fille qui lui plut. Il lui dit : Fille de Juda, tu n’es pas de ma Tribu, tu n’as point de frere ; tu es comme les filles de Salphaad, & je ne puis t’épouser selon la loi du Seigneur.*

[*Nombres C. XXXVI. v.8. Je sais que les enfans de Lévi pouvoient se marier dans toutes les Tribus, mais non dans le cas suppose.] Mais mon cœur, est à toi ; viens avec moi, vivons ensemble ; nous serons unis & libres ; tu seras mon bonheur, & je serai le tien. Le Lévite etoit jeune & beau ; la jeune fille sourit ; ils s’unirent, puis il l’emmena dans ses montagnes.