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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/128

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Comme ceux qui m’attaquent ne manquent jamais de de écarter de la question & de supprimer les distinctions essentielles que j ’y ai mises, il faut toujours commencer par les y ramener. Voici donc un sommaire des propositions que j’ai soutenues & que le soutiendrai aussi long-tems que je ne consulterai l’autre intérêt que celui de la vérité.

Les Sciences sont le chef-d’œuvre du génie & de la raison. L’esprit d’imitation a produit les beaux-Arts, & l’expérience les à perfectionnes. Nous sommes redevables aux arts mécaniques d’un grand nombre d’inventions utiles qui ont ajoute aux charmes & aux commodités de la vie. Voilà des vérités dont je conviens de très-bon cœur assurément. Mais considérons maintenant toutes ces connoissances par rapport aux mœurs. *

[* Les connoissances rendent les hommes doux, dit ce Philosophes illustre dont l’ouvrage, toujours profond & quelquefois sublime, respire par-.tout l’amour de l’humanité. Il a écrit en ce peu de mots, &, ce qui est rare, sans déclamation, ce qu’on a jamais écrit de plus solide à l’avantage des Lettres. Il est vrai, les connoissances rendent les hommes doux : mais la douceur, qui est la plus aimable des vertus, est, aussi quelquefois une foiblesse de l’ame : la vertu n’est pas toujours douce ; elle fait s’armer à propos de sévérité contre le vice, elle s’enflamme d’indignation contre le crime.

Et le juste au méchant ne fait point pardonner.

Ce fut une réponse très-sage que celle d’un Roi de Lacedemone à ceux qui louoient en sa présence l’extrême honte de son Collègue Charillus. Et comment seroit-il bon, leur dit-il, s’il ne fait pas être terrible aux méchans ? "Quod malos boni oderint, bonnos oportet esse." Brutus n’etoit point un homme doux ; qui auroit le front de dire qu’il n’etoit pas vertueux ? Au contraire, il y a des ames lâches & pusillanimes qui n’ont ni feu ni chaleur, & qui ne sont douces que par indifférence pour le biens & pour le mal. Telle est la douceur qu’inspire aux Peuples le goût des Lettres.]

Si des intelligences célestes cultivoient les sciences, il n’en