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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/123

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vous ramèneriez les hommes à cette premiere égalité, conservatrice de l’innocence & source de toute vertu : leurs cœurs une fois gâtés le seront toujours ; il n’y a plus de remede, à moins de quelque grande révolution presque aussi à craindre que le mal qu’elle pourroit guérir, & qu’il est blâmable de désirer & impossible de prévoir.

Laissons donc les Sciences & les Arts adoucir en quelque sorte la férocité des hommes qu’ils ont corrompus ; cherchons à faire une diversion sage, & tachons de donner le change à leurs passions. Offrons quelques alimens à ces tigres, afin qu’ils ne dévorent pas nos enfans. Les lumieres du mâchant sont encore moins à craindre que sa brutale stupidité ; elles le rendent au moins plus circonspect sur le mal qu’il pourroit faire, par la connoissance de celui qu’il en recevroit lui-même.

J’ai loue les Académies & leurs illustres Fondateurs & j’en répéterai volontiers l’éloge. Quand le mal est incurable, le Médecin applique des palliatifs, & proportionne les remèdes, moins aux besoins qu’au tempérament du malade. C’est aux sages législateurs d’imiter sa prudence ; &, ne pouvant plus approprier aux Peuples malades, la plus excellente police, de leur donner du moins, comme Solon, la meilleure qu’ils puissent comporter.

I ! y a en Europe un grand Prince, & ce qui est bien plus, un vertueux Citoyen, qui dans la partie qu’il a adoptée & qu’il rend heureuse, vient de former plusieurs institutions en faveur des Lettres. Il a fait en cela une chose très-digne de sa sagesse & de sa vertu. Quand il est question d’etablissemens politiques, c’est le tems & le lieu qui décident de tour.