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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/117

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comme celui des assassins de César, qui se prosternoient à ses pieds pour l’égorger plus surement. Cette pensée à beau être brillante, elle a beau être autorisée du nom célébré de son Auteur,*

[*Le Duc de la Rochefoucault.] elle n’en est pas plus juste. Dira-t-on jamais d’un filou, qui prend la livrée d’une maison pour faire son coup plus commodément, qu’il rend hommage au maître de la maison qu’il vole ? Non, couvrir sa méchanceté du dangereux manteau de l’hypocrisie, ce n’est ; point honorer la vertu ; c’est l’outrager en profanant ses enseignes ; c’est ajouter la lâcheté & la fourberie à tous les autres vices ; c’est se fermer pour jamais tout retour vers la probité. Il y a des caracteres élevés qui portent jusques dans le crime je ne sais quoi de fier & de généraux, qui laisse voir au-dedans encore quelque étincelle de ce feu céleste fait pour animer les belles ames. Mais l’ame vile & rampante de l’hypocrite est semblable à un cadavre, ou l’on ne trouve plus ni feu, ni chaleur, ni ressource à la vie. J’en appelle à l ’expérience. On a vu de grands scélérats rentrer en eux-mêmes, achever saintement leur carrière & mourir en prédestines. Mais ce que personne n’a jamais vu, c’est un hypocrite devenir homme de biens ; on auroit pu raisonnablement tenter la conversion de Cartouche, jamais un homme sage n’eut entrepris celle de Cromwel.

J’ai attribue au rétablissement des Lettres & des Arts, l’élégance & la politesse qui regnent dans nos manieres. L’Auteur de la Réponse me le dispute, & j’en suis étonne, car puisqu’il fait tant de cas de la politesse, & qu’il fait tant