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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/115

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ne voit point, qu-il apprendroit à reformer les siennes ? Les Savans n’ont ni le goût, ni le loisir d’amasser de grands biens. Je consens à croire qu’ils n’en ont pas le loisir. Ils aiment l’étude. Celui qui n’aimeroit pas son métier, seroit un homme bien fou, ou biens misérable. Ils vivent dans la médiocrité ; il faut être extrêmement dispose en leur faveur pour leur en faire un mérite. Une vie laborieuse & modérée, passée dans le silence de la retraite, occupée de la lecture & du travail, n’est pas assurément une vie voluptueuse & criminelle. Non pas du moins aux yeux des hommes : tout dépend de l’intérieur. Un homme peut être contraint à mener une telle vie, & avoir pourtant l’ame très-corrompue ; d’ailleurs qu’importe qu’il soit lui-même vertueux & modeste, si les travaux dont il s’occupe, nourrissent l’oisiveté & gâtent l’esprit de ses concitoyens ? Les commodités de la vie pour être souvent le fruit des Arts, n’en sont pas davantage le partage des Artistes. Il ne me paroit gueres qu’ils soient gens à se les refuser ; sur-tout ceux qui s’occupant d’Arts tout-à-fait inutiles & par conséquent très-lucratifs, sont plus en Etat de se procurer tout ce qu’ils désirent. Ils ne travaillent que pour les riches. Au train que prennent les choses, je ne serois pas étonne de voir quelque jour les riches travailler pour eux. Et ce sont les riches oisifs qui profitent & abusent des fruits de leur industrie. Encore une fois, je ne vois point que nos Artistes soient des gens si simples & si modestes ; le luxe ne sauroit régner dans un ordre de Citoyens, qu’il ne se glisse bientôt parmi tous les autres sous différentes modifications, & par-tout il fait le même ravage.

Le luxe corrompt tour ; & le riche qui en jouit, & le misérable