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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/101

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adore par moi qui ne sais rien, que par celui qui connoît & le cèdre, & l’hysope, & la trompe de la mouche, & celle de l’éléphant : Non enim nos Deus ista scire, sed tantummodo uti voluit.

On croit toujours avoir dit ce que sont les Sciences, quand on a dit ce qu’elles devroient faire. Cela me paroit pourtant fort différent : l’étude de, l’Univers devroit élever l’homme à son Créateur, je le sais ; mais elle n’élevé que la vanité humaine. Le Philosophe, qui se flatte de pénétrer dans les secrets de Dieu, ose associer sa prétendue sagesse à la sagesse éternelle : il approuve, il blâme, il corrige, il prescrit des loix à la nature, & des bornes à la divinité : & tandis qu’occupe de ses vains systèmes, il se donne mille peines pour arranger la machine du monde, le Laboureur qui voit la pluie & le soleil tour à tour fertiliser son champ, admire, loue & bénit la main dont il reçoit ces graces, sans se mêler de la maniere dont elles lui parviennent. Il ne cherche point à justifier son ignorance ou ses vices par son incrédulité. Il ne censure point les œuvres de Dieu, & ne s’attaque point à son maître pour faire briller sa suffisance. Jamais le mot impie d’Alphonse X, ne tombera dans l’esprit d’un homme vulgaire : c’est à une bouche savante que ce blasphème etoit réservé. Tandis que la savante Grece etoit pleine d’Athées, Elien remarquoit *

[*Var. Hist. L. 2.c.31.] que jamais Barbare n’avoit mis en doute l’existence de la divinité. Nous pouvons remarquer de même aujourd’hui qu’il n’y a dans toute l’Asie qu’un seul Peuple