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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/100

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qui la défendent, que les Auteurs qui en disputent devroient bien s’oublier réciproquement ; cela épargneroit beau. coup de papier & d’encre. Mais cette regle si aisée à pratiquer avec moi, ne l’est point du tout vis-à-vis de mon Adversaire ; & c’est une différence qui n’est pas a l’avantage de ma replique.

L’Auteur observant que j’attaque les Sciences & les Arts, par leurs effets sur les mœurs, emploie pour me répondre le dénombrement des utilités qu’on en retire dans tous les etats ; c’est comme si, pour justifier un accuse, on se contentoit de prouver qu’il se porte fort bien, qu’il a beaucoup d’habileté, ou qu’il est fort riche. Pourvu qu’on m’accorde que les Arts & les Sciences nous rendent malhonnêtes gens, je ne disconviendrai pas qu’ils ne nous soient d’ailleurs très-commodes ; c’est une conformité de plus qu’ils auront avec la plupart des vices.

L’Auteur va plus loin, & prétend encore que l’étude nous est nécessaire pour admirer les beautés de l’Univers, & que le spectacle de la nature, expose, ce semble, aux yeux de tous pour l’instruction des simples, exige lui-même beaucoup d’instruction dans les Observateurs pour en être apperçu. J’avoue que cette proposition me surprend : seroit-ce qu’il est ordonne à tous les hommes d’être Philosophes, ou qu’il n’est ordonne qu’aux seuls Philosophes de croire en Dieu ? L’Ecriture nous exhorte en mille endroits d’adorer la grandeur & la bonté de Dieu dans les merveilles de ses œuvres ; je ne pense pas qu’elle nous ait prescrit nulle part d’étudier la Physique, ni que l’Auteur de la Nature soit moins bien