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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/86

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raisons, à la bonne heure ; mais sachez que ceux quine s’y rendent pas, ont les leurs."

"Honorez en général tous les fondateurs de vos cultes respectifs. Que chacun rende au sien ce qu’il croit lui devoir, mais qu’il ne méprise point ceux des autres. Ils ont eu de grands génies & de grandes vertus : cela est toujours estimable. Ils se sont dits les Envoyés de Dieu ;cela peut être, & n’être pas : c’est de quoi la pluralité ne sauroit juger d’une maniere uniforme, les preuves n’étant pas également à sa portée. Mais quand cela ne seroit pas, il ne faut point les traiter si légérement d’imposteurs. Qui sait jusqu’où les méditations continuelles sur la divinité, jusqu’où l’enthousiasme de la vertu ont pu, dans leurs sublimes ames, troubler l’ordre didactique & rampant des idées vulgaires ? Dans une trop grande élévation la tête tourne, & l’on ne voit plus les choses comme elles sont. Socrate a cru avoir un esprit familier, & l’on n’a point osé l’accuser pour cela d’être un fourbe. Traiterons-nous les fondateurs des Peuples, les bienfaiteurs des nations, avec moins d’égards qu’un particulier ?"

"Du reste, plus de dispute entre vous sur la préférence de vos cultes. Ils sont tous bons, lorsqu’ils sont prescrits par les loix, & que la Religion essentielle s’y trouve ; ils sont mauvais quand elle ne s’y trouve pas. La forme du culte est la police des Religions & non leur essence, & c’est au Souverain qu’il appartient de régler la police dans son pays. "