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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/82

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qu’obscurément, & ne connoître qu’en partie.*

[*I. Cor. XIII. 9. 12.] Vraiment nos Théologiens sont bien plus avancés que cela ; ils voyent tout, ils savent tout : ils nous rendent clair ce qui est obscur dans l’Ecriture ; ils prononcent sur ce qui étoit indécis : ils nous font sentir avec leur modestie ordinaire que les Auteurs Sacrés avoient grand besoin de leur secours pour se faire entendre, & que le Saint-Esprit n’eût pas su s’expliquer clairement sans eux.

Quand on perd de vue les devoirs de l’homme pour ne s’occuper que des opinions des Prêtres & de leurs frivoles disputes, on ne demande plus d’un Chrétien s’il craint Dieu, mais s’il est orthodoxe ; on lui fait signer des formulaires sur les questions les plus inutiles & souvent les plus inintelligibles, & quand il a signé, tout va bien ; l’on ne s’informe plus du reste. Pourvu qu’il n’aille pas se faire pendre, il peut vivre au surplus comme il lui plaira ; ses mœurs ne font rien à l’affaire, la doctrine est en sûreté. Quand la Religion en est là, quel bienfait-elle à la société, de quel avantage est-elle aux hommes ? Elle ne sert qu’à exciter entre eux des dissensions, des troubles, des guerres de toutes especes ; à les faire entre-égorger pour des Logogryphes : il vaudroit mieux alors n’avoir point de Religion, que d’en avoir une si mal entendue. Empêchons-la, s’il se peut, de dégénérer à ce point, & soyons sûrs, malgré les buchers & les chaînes, d’avoir bien mérité du genre-humain.

Supposons que, las des querelles qui déchirent, il s’assemble pour les terminer & convenir d’une Religion commune