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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/69

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anonymes, & leur charité ne se fût point exhalée en dévotes injures ; elles n’eussent point pris la peine de m’assurer humblement que j’étois un scélérat, un monstre exécrable, & que le monde eût été trop heureux si quelque bonne ame eût pris le soin de m’étouffer au berceau : d’honnêtes gens, de leur côté, me regardant alors comme un réprouvé, ne se tourmenter oient & ne me tourmenter oient point pour me ramener dans la bonne voye ; ils ne me tirailler oient pas à droite & à gauche, ils ne m’étoufferoient pas sous le poids de leurs sermons, ils ne me forceroient pas de bénir leur zele en maudissant leur importunité, & de sentir avec reconnoissance qu’ils sont appellés à me faire périr d’ennui.

Monseigneur, si je suis un hypocrite, je suis un fou ; puisque, pour ce que je demande aux hommes, c’est une grande folie de se mettre en frais de fausseté : si je suis un hypocrite, je suis un sot ; car il faut l’être beaucoup pour ne pas voir que le chemin que j’ai pris ne mene qu’à des malheurs dans cette vie, & que quand j’y pourrois trouver quelque avantage, je n’en puis profiter sans me démentir. Il est vrai que j’y suis à tems encore ; je n’ai qu’à vouloir un moment tromper les hommes, & je mets à mes pieds tous mes ennemis. Je n’ai point encore atteint la vieillesse ; je puis avoir long-tems à souffrir ; je puis voir changer derechef le public sur mon compte : mais si jamais j’arrive aux honneurs & à la fortune, par quelque route que j’y parvienne, alors je serai un hypocrite ; cela est sûr.

La gloire de l’ami de la vérité n’est point attachée à telle opinion plutôt qu’à telle autre ; quoiqu’il dise, pourvu qu’il