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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/64

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vraiment Chrétienne. Je me ferai toujours une gloire d’être compté dans son Troupeau, & j’espere n’en point scandaliser les membres ni par mes sentiments ni par ma conduite. Mais lorsque d’injustes Prêtres, s’arrogeant des droits qu’ils n’ont pas, voudront se faire les arbitres de ma croyance, & viendront me dire arrogamment : rétractez-vous, déguisez-vous, expliquez ceci, désavouez cela ; leurs hauteurs ne m’en imposeront point ; ils ne me feront point mentir pour être orthodoxe, ni dire, pour leur plaire, ce que je ne pense pas. Que si ma véracité les offense, & qu’ils veuillent me retrancher de l’Eglise, je craindrai peu cette menace dont l’exécution n’est pas en leur pouvoir. Ils ne m’empêcheront pas d’être uni de cœur avec les fideles ; ils ne m’ôteront pas du rang des élus si j’y suis inscrit. Ils peuvent m’en ôter les consolations dans cette vie, mais non l’espoir dans celle qui doit la suivre, & c’est là que mon vœu le plus ardent & le plus sincere est d’avoir Jésus-Christ même pour arbitre & pour Juge entre eux & moi.

Tels sont, Monseigneur, mes vrais sentiments, que je ne donne pour regle à personne, mais que je déclare être les miens, & qui resteront tels tant qu’il plaira, non aux hommes, mais à Dieu, seul maître de changer mon cœur & ma raison : car aussi long-tems que je serai ce que je suis & que je penserai comme je pense, je parlerai comme je parle. Bien différent, je l’avoue, de vos Chrétiens en effigie, toujours prêts à croire ce qu’il faut croire, ou à dire ce qu’il faut dire, pour leur intérêt ou pour leur repos, & toujours sûrs d’être assez bons Chrétiens, pourvu qu’on ne brûle pas leurs Livres, & qu’ils ne