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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/628

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Mais que penser de celui qui nous veut enseigner ce qu’il n’pas pu apprendre ? Et qui ne riroit de voir une troupe imbécille aller admirer tous les ressorts de la politique & du cœur humain mis en jeu par un étourdi de vingt ans, à qui le moins sensé de l’assemblée ne voudroit pas confier la moindre de ses affaires ?

Laissons ce qui regarde les talens & les arts. Quand Homere parle si bien du savoir de Machaon, ne lui demandons point compte du sien sur la même matière. Ne nous informons point des malades qu’il a guéris, des éleves qu’il a faits en médecine, des chefs-d’œuvre de gravure & d’orfévrerie qu’il a finis, des ouvriers qu’il a formés, des monumens de son industrie. Souffrons qu’il nous enseigne tout cela, sans savoir s’il en est instruit. Mais quand il nous entretient de la guerre, du gouvernement, des loix, des sciences qui demandent la plus langue étude & qui importent le plus au bonheur des hommes, osons l’interrompre un moment & l’interroger ainsi : divin Homere ! nous admirons vos leçons ; & nous n’attendons, pour les suivre, que de voir comment vous les pratiquez vous-même ; si vous êtes réellement ce que vous vous efforcez de paroître ; si vos imitations n’ont pas le troisieme rang, mais le second après la vérité, voyons en vous le modele que vous nous peignez dans vos ouvrages ; montrez-nous le Capitaine, le Législateur & le Sage ; dont vous nous offrez si hardiment le portrait. La Grece & le Monde entier célebrent les bienfaits des grands hommes qui posséderent ces arts sublimes dont les préceptes vous coûtent si peu. Lycurgue donna des loix à Sparte, Charondas