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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/604

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avec plus de douleur, si j’y étois moins inutile. Je sais que nous sommes forces d’aller chercher au coin les ressources que notre terrein nous refuse, & que nous pourrions difficilement subsister, si nous nous y tenions renfermes ; mais au moins que ce bannissement ne soit pas éternel pour tous. Que ceux dont le Ciel à béni les travaux viennent, comme l’abeille, en rapporter le fruit dans la ruche. ; réjouir, leurs concitoyens du spectacle de leur fortune ; animer l’émulation des jeunes-gens ; enrichir leur pays de leur richesse ; & jouir modestement chez eux des biens honnêtement acquis chez les autres. Sera-ce avec des Théâtres, toujours moins parfaits chez nous qu’ailleurs, qu’on les y sera revenir ? Quitteront - ils la Comédie de Paris ou de Londres pour aller revoir celle de Geneve ? Non ; non, Monsieur, ce n’est pas ainsi qu’on les peut ramener. Il faut que chacun sente qu’il ne sauroit trouver, ailleurs ce qu’il a laisse dans son pays ; il faut qu’un charme invincible le rappelle au séjour qu’il ni auroit point du quitter ; il faut que le souvenir de leurs premiers exercices, de leurs premiers spectacles, de leurs premiers plaisirs, reste profondément grave, dans leurs cœurs ; il faut que les douces impressions faites durant la jeunesse demeurent & le renforcent dans un âge avance, tandis que mille autres s’effacent ; il faut qu’au milieu de la pompe des grands Etats & de leur triste magnificence, une voix secrete leur crie incessamment au fond de lame : ah ! où sont les jeux & les fêtes de ma jeunesse ? Où est la concorde des citoyens ? Où est la fraternité publique ? Où est la pure joie & la véritable allégresse ? Où font la paix, la liberté,