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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/562

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Suivons les indications de la Nature, consultons le bien de la Société ; nous trouverons que les deux sexes doivent se rassembler quelquefois, & vivre ordinairement sépares. Je l’ai dit tantôt par rapport aux femmes, je le dis maintenant par rapport aux hommes. Ils se sentent autant & plus qu’elles de leur trop intime commerce ; elles n’y perdent que leurs mœurs, & nous y perdons à la fois nos mœurs & notre constitution : car ce sexe plus foible, hors d’etat de prendre notre maniere de vivre trop pénible pour lui, nous force de prendre la sienne trop molle pour nous, & ne voulant plus souffrir de séparation, faute de pouvoir se rendre hommes, les femmes nous rendent femmes.

Cet inconvénient qui dégrade l’homme, est très-grand par-tout ; mais c’est sur-tout dans les Etats comme le notre qu’il importe de le prévenir. Qu’un Monarque gouverne hommes ou des femmes, cela lui doit être assez indifférent pourvu qu’il soit obéi ; mais dans une république, il faut des hommes. *

[* On me dira qu’il en faut aux Rois pour la guerre. Point du tout. Au lieu de trente mille hommes, ils n’ont, par exemple, qu’a lever cent mille femmes. Les femmes ne manquent pas de courage : elles préferent l’honneur à la vie ; quand elles se battent, elles se battent bien. L’inconvénient de leur sexe est de ne pouvoir supporter les fatigues de la guerre & l’intempérie des saisons. Le secret est donc d’en avoir toujours triple de ce qu’il en faut se battre, afin de sacrifier les deux autres tiers aux maladies & à la moralité.

Qui croiroit que plaisanterie, dont on voit assez l’application, ait été prise en France au pied de la Lettre par des gens d’esprit ?]

Les Anciens passoient presque leur vie en plein air, ou vaquant à leurs affaires, ou réglant celles de l’Etat sur la