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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/550

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& elles le sentent si bien elles-mêmes, qu’il n’y en a pas une qui ne se crût ridicule de feindre au moins de prendre pour elle les discours de sagesse & d’honneur qu’elle débite au public. De peur que ces maximes séveres ne fissent un progrès nuisible à son intérêt, l’Actrice est toujours la premiere à parodier son rôle & à détruire son propre ouvrage. Elle quitte, en atteignant la coulisse, la morale du Théâtre aussi-bien que sa dignité, & si son prend des leçons de vertu sur la Scene, on les va bien vite oublier dans les foyers.

Après ce que j’ai dit ci-devant, je n’ai pas besoin, je crois, d’expliquer encore comment le désordre des Actrices entraîne celui des Acteurs ; sur-tout dans un métier qui les force à vivre entr’eux dans la plus grande familiarité. J’ai n’ai pas besoin de montrer comment d’un etat déshonorant naissent des sentimens déshonnêtes, ni comment les vices divisent ceux que l’intérêt commun devroit réunir. Je ne m’étendrai pas sur mille sujets de discorde & de querelles, que la distribution des rôles, le partage de la recette, le choix des Pieces, la jalousie des applaudissemens doivent exciter sans cesse, principalement entre les Actrices, sans parler des intrigues de galanterie. Il est plus inutile encore que j’expose les effets que l’association du luxe & de la misère, inévitable entre ces gens-là, doit naturellement produire. J’en ai déjà trop dit pour vous & pour les hommes raisonnables ; je n’en dirois jamais assez pour les gens prévenus qui ne veulent pas voir ce que la raison leur montre, mais seulement ce qui convient à leurs passions ou à leurs préjuges.