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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/536

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mal faire augmente avec la facilite ; & il faut que les Comédiens soient plus vertueux que les autres hommes, s’ils sont pas plus corrompus.

L’Orateur, le Prédicateur, pourra-t-on me dire encore, paient de leur personne ainsi que le Comédien. La différence est très grande. Quand l’Orateur se montre, c’est pour parler & non pour se donner en spectacle : il ne représente que lui-même, il ne fait que son propre rôle, ne parle qu’en son propre nom, ne dit ou ne doit dire que ce qu’il pense ; l’homme & le personnage étant le même être, il est a sa place ; il est dans le cas de tout autre Citoyen qui remplit les fonctions de son etat. Mais un Comédien sur la Scene, étalant d’autres sentimens que les siens, ne disant que ce qu’on lui, fait dire, représentant souvent un être chimérique, s’anéantit, pour ainsi dire, s’annulle avec fort héros ; & dans cet oubli de l’homme, s’il en reste quelque chose, c’est pour être le jouet de Spectateurs. Que dirai-je de ceux qui semblent avoir peur de valoir trop par eux- mêmes, & se dégradent jusqu’à représenter des personnages auxquels ils seroient bien fâches de ressembler ? C’est un grand mal, sans doute, de voir tant de scélérats dans le monde faire des rôles d’honnêtes-gens ; mais y a-t-il rien de plus odieux, de plus choquant, de plus. lâche, qu’un honnête-homme à la Comédie faisant le rôle d’un scélérat, & déployant tout fort talent pour faire valoir de criminelles maximes, dont lui-même est pénétré d’horreur ?

Si l’on ne voit en tout ceci qu’une profession peu honnête, on doit voir encore une source de mauvaises mœurs dans le désordre des Actrices, qui force &. entraîne celui des Acteurs