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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/524

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tous également sujets a être honores ou flétris selon la conformité ou l’opposition de leur vie ou de leurs sentimens aux principes de l’honneur établis dans la Nation, & reforme insensiblement par le Tribunal, sur ceux de la justice & de la raison. Borner cette compétence aux nobles & aux rnilitaires, c’est couper, les rejettons & laisser la racine : car si le point d’honneur fait agir la Noblesse, il fait parler le Peuple ; les uns ne se battent que parce que les autres les jugent, & pour changer les actions dont l’estime, publique est l’objet, il faut auparavant. changer les jugemens qu’on en porte. Je suis convaincu qu’on ne viendra jamais à bout d’opérer ces changemens sans y faire intervenir les femmes mêmes, de qui dépend en grande partie la maniere de penser des hommes.

De ce principe il suit encore que le Tribunal doit être plus ou moins redoute dans, les diverses conditions, à proportion qu’elles ont plus ou moins d’honneur à perdre, selon les idées vulgaires qu’il faut toujours prendre ici pour regles. Si l’établissement est bien fait, les Grands & les Princes doivent trembler au seul nom de la Cour-d’honneur. Il auroit falu qu’en l’instituant on y eut porte tous les démêlés personnels, existans alors entre les premiers du Royaume ; que le Tribunal les eût jugés définitivement autant qu’ils pouvoient l’être par les seules loix de l’honneur. ; que ces jugemens eussent été sèvres ; qu’il y eut eu des cessions de pas & de rang, personnelles & indépendantes du droit des places, des interdictions du port des armes ou de paroître devant la face du Prince, ou d’autres punitions semblables, nulles par elles-mêmes, grieves par l’opinion, jusqu’a l’infamie inclusivement