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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/519

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vestige de violence du Tribunal établi pour opérer ce changement. Ce mot même de Tribunal étoit mal imagine : j’amerois mieux celui deCour-d’honneur. Ses seules armes devoient être l’honneur & l’infamie : jamais de récompense utile, jamais de punition corporelle, point de prison, point d’arrêts, point de Gardes armes. Simplement un Appariteur qui auroit fait ses citations en touchant l’accuse d’une baguette blanche, sans qu’il s’ensuivit aucune autre contrainte pour le faire comparoître. Il est vrai que ne pas comparaître au terme fixe par devant les Juges de l’honneur, c’etoit s’en confesser dépourvu, c’etoit se condamner soi-même. De-la resultoit naturellement note d’infamie, dégradation de noblesse, incapacité de servir le Roi dans ses Tribunaux, dans ses armées, & autres punitions de ce genre qui tiennent immédiatement à l’opinion, ait en sont un effet nécessaire.

Il s’ensuit, en second lieu, que, pour déraciner le préjuge, public, il faloit des Juges d’une grande autorité sur la matiere en question ; &, quant à ce point, l’instituteur entra parfaitement dans l’esprit de l’établissement : car, dans une Nation toute guerrière, qui peut mieux juger des justes occasions de montrer son courage & de celles où l’honneur offense demande satisfaction, que d’anciens militaires charges de titres turcs d’honneur, qui ont blanchi sous les lauriers, & prouve cent fois au prix de leur sang, qu’ils n’ignorent pas quand le devoir veut qu’on en répande ?

Il suit, en troisieme lieu, que, rien n’étant plus indépendant du pouvoir suprême que le jugement du public, le souverain devoit se garder, sur toutes choses, de mêler ses