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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/518

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l’amour du gain. Si nous avions les mêmes maximes, on pourroit établir à Geneve un Spectacle sans aucun risque : car jamais citoyen ni bourgeois n’y mettroit le pied.

Par où le gouvernement peut - il donc avoir prise sur les mœurs ? Je réponds que c’est par l’opinion publique. Si nos habitudes naissent de nos propres sentimens dans la retraite, elles naissent de l’opinion d’autrui dans la Société. Quand on ne vit pas en soi, mais dans les autres, ce sont leurs jugemens qui reglent tout ; rien ne paroit bon ni désirable aux particuliers que ce que le public à juge tel, & le feu bonheur que la plupart des hommes connoissent est d’être estimes heureux.

Quant au choix des instrumens propres à diriger l’opinion publique, c’est une autre question qu’il seroit superflu de résoudre pour vous, & que ce n’est pas ici le lieu de résoudre pour la multitude. Je me contenterai de montrer par exemple sensible que ces instrumens ne sont ni des loix ni des peines, ni nulle espece de moyens coactifs. Cet exemple est sous vos : yeux je le tire de votre patrie, c’est celui du Tribunal des Maréchaux de France, établis juges suprêmes du point-d’honneur :

De quoi s’agissoit- il dans cette institution ? de changer l’opinion publique sur les duels, sur la réparation des offenses & sur les occasions où un brave homme est oblige, sous peine d’infamie, de tirer raison d’un affront l’épée à la main. Il s’ensuit de-la ;

Premiérement, que la force n’ayant aucun pouvoir sur les esprits, il faloit écarter avec le plus grand soin