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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/464

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pas, les mœurs, on les peint, & un laid visage ne paroit point laid à celui qui le porte. Que si l’on veut les corrige par leur charge, on quitte la vraisemblance & la nature, & le tableau ne fait plus d’effet. La charge ne rend pas les objets haÏssables, elle ne les rend que ridicules : & de-la résulte un très grand inconvénient, c’est qu’a force de craindre les ridicules, les vices n’effraient plus, & qu’on ne sauroit guérir les premiers sans fomenter les autres. Pourquoi, direz-vous, supposer cette opposition nécessaire Pourquoi, Monsieur Parce que les bons ne tournent point les mechans en dérision, mais les écrasent de leur mépris, & que rien n’est moins plaisant & risible que l’indignation de la vertu. Le ridicule, au contraire, est l’arme favorite du vice. C’est par elle qu’attaquant dans le fond des cœurs le respect qu’on doit à la vertu, il éteint enfin l’amour qu’on lui porte.

Ainsi tout nous force d’abandonner cette vaine idée de perfection qu’on nous veut donner de la forme des Spectacles, diriges vers l’utilité publique. C’est une erreur, disoit le grave Muralt, d’espérer qu’on y montre fidèlement les véritables rapports des choses : car, en général, le Poete ne peut qu’altérer ces rapports, pour les accommoder au goût du peuple. Dans le cornique il les diminue & les met au-dessous de l’homme ; dans le tragique, ils les étend pour les rendre héroÏques, & les met au-dessus de l’humanité. Ainsi jamais ils ne sont à sa mesure, & toujours nous voyons au Théâtre d’autres êtres que nos semblables. J’ajouterai que cette différence est si vraie & si reconnue qu’Aristote en fait une regle dans sa Poétique. Comoedia enim deteriores, Tragoedia